我爱你

巴巴地活着,每天打水,煮饭,按时吃药

阳光好的时候就把自己放进去,像放一块陈皮

茶叶轮换着喝:菊花,茉莉,玫瑰,柠檬

这些美好的事物仿佛把我往春天的路上带

所以我一次次按住内心的雪

它们过于洁白过于接近春天


在干净的院子里读你的诗歌。这人间情事

恍惚如突然飞过的麻雀儿

而光阴皎洁。我不适宜肝肠寸断

如果给你寄一本书,我不会寄给你诗歌

我要给你一本关于植物,关于庄稼的

告诉你稻子和稗子的区别


告诉你一棵稗子提心吊胆的

春天


2014年


作者: 余秀华

Je t'aime

Vivre avec banalité, tous les jours puiser l’eau, cuisiner, prendre ses médicaments comme prescrits

Quand le soleil brille, se placer parmi les rayons comme on ferait sécher des peaux d’orange

Boire du thé, alterner : chrysanthème, jasmin, rose, citron

Ces belles choses me mènent sur une route allant vers le printemps

Alors, à chaque fois, je maintiens enfoncée la neige qu’il y a en moi

Trop blanche, trop proche du printemps


Je lis tes poèmes dans une cour propre. Ces passions d’ici-bas

Sont furtives comme le vol soudain d’un moineau

Le temps, lui, est limpide. Je ne suis pas faite pour les chagrins d’amour

Et si je t’envoie un livre, ce ne seront pas des poèmes

Je t’offrirai un livre sur les plantes, plutôt sur les récoltes

Qui t’expliquerait les différences entre le bon grain et l’ivraie


Qui te dirait ô combien un grain d’ivraie appréhende

Les affres du printemps


2014

翻译 : Julien Saint-Sevin et Nastasia Rae

你说抱着我,如抱着一朵白云

木质楼梯。空气里晃动着小粒蝴蝶

为了捕捉那些细语般的颤栗,我一次次探头,走神

阳光透过古老的百叶窗,轻描淡写地往下落

香樟树的气味里有蠕动的小花虫

它们的腹部有光,正在完成另一次折射


你的喉结滑动了一下,身上的气味停顿了一下

此刻,我们在第一层楼梯和第二层的连接处

我以为已经够了,但是你还在往上走

不高的合欢在不停地炸开

此刻,天空适合昏暗,适合从街上传来警报


2015年


作者 : 余秀华

M’embrasser comme tu le ferais pour un nuage blanc

Un escalier en bois. De minuscules papillons vibrent dans l’air

Pour attraper ces frissons chuchoteurs, je me penche plusieurs fois, mon attention est distraite

La lumière traverse les vieilles persiennes et chute en laissant de légères traces

Dans l’odeur du camphrier se tortillent quelques chenilles

Sur leur abdomen une lueur, en train d’achever une autre réfraction


Ta pomme d’Adam roule tout à coup, l’odeur de ton corps se fige tout d’un coup

À cet instant, nous sommes sur le palier entre le premier et le deuxième étage

Cela devrait suffire, mais tu montes encore

La petite fleur d’arbre à soie éclatant sans cesse

À cet instant, notre ciel s’accorde à l’obscurité, s’accorde aux alarmes venues de la rue


2015


翻译 : Julien Saint-Sevin et Nastasia Rae

一包麦子

第二次,他把它举到了齐腰的高度

滑了下去

他叹一口气,说去年都能举到肩上

过了一年就不行了?


第三次,我和他一起把一包麦子放到他肩上

我说:爸,你一根白头发都没有

举不起一包小麦

是骗人呢


其实我知道,父亲到九十岁也不会有白发

他有残疾的女儿,要高考的孙子

他有白头发

也不敢生出来啊


2014年


作者 : 余秀华

Un sac de blé

La deuxième fois, il l’a pris jusqu’à hauteur de taille

Et ç’a glissé

Il a soupiré en disant qu’il le portait encore sur les épaules l’année dernière

Une année passe et ça ne va plus ?


La troisième fois, je l’ai aidé à mettre le sac de blé sur ses épaules

Je lui ai dit : Papa, tu n’as pas un seul cheveu blanc

Et tu n’arrives même pas à lever un sac de blé

Tu te moques de moi ?


Je savais pertinemment que mon père n’aurait pas de cheveux blanc jusqu’à 90 ans

Il a une fille handicapée et un petit-fils qui passe le bac

S’il avait des cheveux blancs

Ils n’oseraient même pas pousser !


2014


翻译 : Julien Saint-Sevin et Nastasia Rae

渴望一场大雪

渴望一场没有预谋,比死亡更厚的大雪

它要突如其来,要如倾如注,把所有的仇恨都往下砸


 

我需要它如此用力。我的渺小不是一场雪

漫不经心的理由


 

我要这被我厌恶的白堆在我身上!在这无垠的荒原里

我要它为我竖起不朽的墓碑


因为我依然是污浊的:这吐出的咒语

这流出的血。这不顾羞耻的爱情,这不计后果的叩问


 

哦,雪,这预言家,这伪君子,这助纣为虐的叛徒

我要它为我堆出无法长出野草的坟


 

我只看中了它唯一的好处:

我对任何人没有说出的话都能够在雪底下传出


2014年


作者 : 余秀华

Un désir d’averse de neige

Je désire tellement une neige imprévue, encore plus épaisse que la mort

Qui viendra à l’improviste, qui se videra complètement, pour précipiter toute sa haine


Je veux d’elle autant de force. Ma petitesse n’est pas de la chute de neige

La raison de sa négligence


Je veux que ce blanc répugnant s’amasse sur mon corps ! Sur la friche sans borne

Je veux qu’il érige pour moi une stèle éternelle


Parce que je croupis dans la fange : ces malédictions que je crache

Ce sang qui coule. Cet amour éhonté, ces questionnements téméraires


Ô neige, cette prophète, cette hypocrite, cette traitresse tyrannique,

Je veux qu’elle s’amoncelle pour moi en une tombe où nulle herbe ne poussera


Je ne me soucie que de son unique avantage :

Les mots que je n’ai pu dire à quiconque jaillissent du dessous de la neige


2014


翻译 : Julien Saint-Sevin et Nastasia Rae

幽忆

夜宴喧桃李

晨游静芰荷

优伶珠饰舞

艳女鹊袍歌

踯躅佳时少

彷徨醉忆多

香溪浮旧影

寂海涌愁波


作者 : Julien Saint-Sevin

Secrète souvenance

Au banquet vespéral babillaient pêchers et pruniers;

En promenade matinale se taisaient lotus et mâcres.

Les bateleurs faisaient danser leurs atours de perles,

Et les ravissantes chantaient en robes brodées de pies.

On hésite : rares sont les heures belles;

On s'attarde : combien de souvenirs d'ivresse !

Sur la rivière aux parfums flottent les ombres d'antan;

Dans l'onde désolée se cabrent de nostalgie les vagues.

翻译 : Valérie Lavoix

贝托尔特·布莱希特 “四川好人” - 个人翻译

四川省城的街头上

傍晚。卖水人老王向观众做自我介绍

我是四川省城的卖水人,这活儿辛苦得很。水少了,我得跑到很远的地方去,水多了,我又卖不到多少钱。反正,我们地区的人穷得很。大家都说,只有神明才能帮助我们了。有个经常来到这里买牲口的贩子,走南闯北的,他告诉我说最高神明要下凡了,咱四川人可以期待他们的显圣了,真是说不出的高兴呐。据说,大家都去向老天爷抱怨,老天爷烦得很呢。为了第一个能欢迎神明的到来,我在城门口等了三天了,特别是在天黑后。如果我来晚一步,我肯定就没机会了。围着他们的都是达官贵人,这样前呼后拥的,他们该很忙的。但愿我能把他们给认出来。神明也不一定一块来,他们可能是会怕被认出来,他们也许会一个一个地来。 ( 注视着走过来的工人) 那些小伙子,是谁呢?肯定不是神明。他们刚才下班回来。肩膀都弯弯曲曲的,被重担压歪了。那个人也肯定不是神明,手指上头都沾着墨水水,不可能哦,大不了就是个水泥厂上班的。(两个人走过) 那两个伙子喃,我肯定他们不是神明,看他们一脸凶相,定是喜欢打架的那种幺哥儿,神明是用不着他们的。噢,这里来了三位,他们长相不凡,看来他们保养得好得很,丝毫没有干活的迹象,鞋子上带着尘土,他们应该从很远的地方来的。就是他们!神明啊,我听候您们的吩咐!

Les faiblesses

I.

Dans la cerisaie se font entendre les chants d'antan

Les fruits à la peau douce font rougir la Lune

La rosée sur le coeur, je n'en eus connu pas qu'une

Déjà les pas du bonheur résonnent doucement


ô dans la cerisaie, les oiseaux aux yeux vifs planent

Leurs cris résonnent mais l'arbre peu s'en émeut

La guitare couvre les bribes des amoureux

La fraicheur m'enivre, déjà les premières fleurs fânent


Belle cerisaie ! Longtemps la chapelle n'eut reçu d'invité

Les beautés d'autrefois n'ont cesse de se farder

Dans le miroir de nos yeux......................

Au loin déjà les coups de hache martèlent le silence


II.

A l'ombre du platane, l'encre coule

Les mots sont frêles, la nature florissante

Les grillons chantent, le coeur berçé par la houle

A quand reverrai-je ce sourire qui me hante ?

Devant la face blême de la lune, l'encre coule

La phrase est fragile, la nuit infinie

La chouette hullule, les pieds baignés loin de la foule

A quand m'éloignerai-je de .....................

Le vent souffle sur la nuque, l'esprit s'égare

Mû par les volutes des souvenirs épars.


III.

Voiles bombées, le mat et le sourire dressé

Tout près les odeurs salines et le vent sifflant

Tendres ombres et visages inconnus nageant

En côte sauvage, nous avons accosté.

Vous avancez d'un pied, je recule de deux

Le plancher suinte, la chute pour si peu

Quand bien même le sol soit rigide et certain

Un regard, un instant, le plongeon est soudain

Frémissant les ondes, déferlent les vagues

Mes yeux à l'horizon, pourtant je divague

Sentiments à bâbord, déraison à tribord

Se lèvent bientôt vents, s'élancent les marées

Pleure le pont du bateau, des lames du regret

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